Pseudo

Mot de passe

Ton pseudo :Ton email :
Ton mot de passe :Ton année de naissance :




Note Doll
Note Loft
A vie
Cette semaine
62409
62409
0
0
mari90615
175. Bob Marley a eu 3 enfants en 4 semaines de...
24/05/2020 à 21:46:16
feeflorriine4
+2 pour toi,je reprend enfin mes horaires...
24/05/2020 à 18:28:40
caky-26
Ton histoire est vraiment d'actualité,...
24/05/2020 à 18:27:01
leighton3756
Coucou mumu. Ici tout va bien ! Memphis a la...
24/05/2020 à 17:24:45

Lire tous les com'z

danymanou a 84 points de bonté.

danymanou
Niveau
222
Gardienne de l'arbre

Tu n'es pas encore membre VIP !
Pour obtenir la pièce VIP et pleins d'autres avantages, tu dois être membre VIP !
Tu peux t'abonner à la semaine pour évoluer à ton rythme.
Si tu es déjà fan d'OhMyDollz, tu peux directement t'abonner pour plusieurs mois.

Rejoins le cercle très privé des membres VIP !

1789

Le réveil sonna comme tous les matins à sept heures trente. Boris attendit quelques minutes. Le soleil déjà haut dans le ciel du printemps perçait à travers les rideaux tirés de la chambre. Le réveil sonna à nouveau quelques minutes plus tard. Il se leva et descendit dans la cuisine. Il se prépara un café. Plus que quelques capsules. Il faudrait penser à en recommander. Il décongela une tartine dans le grille-pain et consulta la messagerie de son téléphone portable. Rien de nouveau depuis la veille. Il passa sur son agenda. Un rendez-vous internet en début d’après-midi. Une journée comme les autres. Il rangea la vaisselle et nettoya rapidement la cuisine. Il remonta, prit sa douche, enfila un jogging et le même T-shirt que la veille. En s’installant devant son ordinateur, il se dit qu’il faudrait qu’il pense à mettre une chemise propre pour la visioconférence.
Il se ***cta au serveur de son bureau et entra le mot de passe. Deux messages de ses collègues. Une longue réponse d’un client. Un commentaire de son patron. Il ouvrit le dossier en cours et se mit au travail.
Depuis le début, le cabinet avait incité les collaborateurs à rester chez eux. À travailler à distance. Pour un bureau d’étude comme le sien, cela ne posait pas de gros problème. L’essentiel de l’activité pouvait se gérer en télétravail. Boris avait réaménagé son bureau dans la petite pièce à côté de la chambre. Avec le temps, il avait réorganisé l’espace. Il s’était équipé d’une imprimante neuve. D’un scanner performant. Avait changé la chaise pliante pour un confortable fauteuil en cuir, livré à domicile. C’est là qu’il passait le plus clair de son temps.

Quand la maladie avait déferlé sur le pays, Christine et les enfants étaient en vacances au bord de la mer. Boris était resté à la maison avec une grosse quantité de travail. Quand le gouvernement avait décrété le confinement, ils avaient décidé que sa femme resterait sur la côte avec les enfants. Après tout, les écoles fermées et la plage à proximité… Ils étaient mieux là-bas. Lorsque la maladie avait explosé, ils avaient estimé plus prudent de tenir la famille éloignée d’un grand centre urbain. Ce choix s’était avéré être le bon. Le petit village de bord de mer était peu touché alors qu’en ville, l’hôpital était saturé. Mais lorsqu’il était apparu évident que la situation ne s’améliorerait pas aussi vite que prévu, le gouvernement avait décrété le confinement total de la population. Le jour même, les gares et les aéroports avaient été fermés dans tout le pays. La circulation des voitures particulières interdite. Le monde entier avait bientôt suivi. Christine n’avait alors plus eu aucune possibilité de rentrer. Depuis, Boris vivait seul chez lui. Dans les premières semaines, il avait pris l’habitude de sortir tous les matins courir dans les bois derrière chez lui. Depuis le décret de confinement total, il ne lui était plus possible de sortir à plus de dix mètres de son domicile.
Les rapports humains avaient changé. Pouvait-on seulement encore parler de rapport humain ? Les contacts directs entre proches avaient disparu dès les premiers jours. Avant même le premier décret de confinement. Dans la rue. Au bureau. Dans les transports. Les gens avaient commencé à s’éloigner les uns des autres en se regardant d’un air méfiant. Une distance règlementaire d’un mètre avait été décrétée. La peur montant avec les mauvaises nouvelles, les gens s’étaient peu à peu réfugiés dans leur maison ou dans leur appartement. La crainte de la contagion avait eu raison des dernières velléités de sortie. Le confinement les avait finalement surpris chez eux. Le téléphone et l’ordinateur avaient remplacé les discussions de couloir ou de comptoir. Les opérateurs de communication et les commerces de matériel informatique avaient fait de bonnes affaires. Chacun s’était équipé d’un ordinateur et les communes avaient fait le nécessaire pour ***cter au plus vite les zones non reliées au réseau.
Malgré toutes ces précautions, le mal avait continué à se propager. Le gouvernement avait dû mettre en place un service de livraison sécurisé. Les foyers commandaient sur internet toute sorte de biens de consommation. Les grandes surfaces s’étaient transformées en entrepôts géants automatisés. On y trouvait aussi bien de l’alimentaire que du matériel audiovisuel. De l’électroménager. Des vêtements. Du matériel informatique… Des robots programmés dès la commande validée remplissaient des paniers aussitôt embarqués dans des véhicules de livraisons, eux aussi automatiques. Les derniers contacts entre les gens avaient ainsi disparu.
Petit à petit, le pays tout entier était entré dans la routine de l’isolement.
Boris avait organisé ses journées avec sa nouvelle vie. Le point positif était le temps gagné en transport. Finis les attentes interminables dans les embouteillages matin et soir quand il se rendait chez un client. Finies les heures passées serré dans un train de banlieue et compressé dans un wagon de métro. Avec le confinement, il avait gagné deux heures par jour. Sa semaine était rythmée par l’organisation qu’il s’était imposée. Il alternait le télétravail, les tâches ménagères, les activités physiques et les loisirs. Cette répartition immuable se répétait tout au long des semaines. À chaque jour son programme. Elle lui donnait des repères qu’il avait perdus avec la disparition de sa semaine de travail traditionnelle.
Les fournisseurs d’accès internet avaient développé les services de communication vidéo. Boris ne rencontrait plus Christine et les enfants que par ce moyen. Il s’était accoutumé à leur présence virtuelle. Cela faisait tellement longtemps… Il ne se souvenait plus depuis quand il n’avait pas approché quelqu’un. Il ne fréquentait plus que des écrans, si bien qu’il avait de plus en plus de mal à faire la différence entre les séries qu’il regardait à la télévision, les informations qu’il recevait par le même canal ou sur son téléphone et les relations qu’il avait avec ses collègues ou avec sa famille. Où était le réel ? Où était la fiction ? Il lui arrivait parfois d’envier les ouvriers des usines et des entrepôts. Les artisans. Les gens qui travaillaient dans les hôpitaux. Tous ceux qui continuaient à se rendre au travail tous les jours. Eux au moins continuaient à échanger. À rencontrer du monde. Bien sûr, c’était au prix de risques considérables pour leur santé. Pour celle des leurs. Les journaux ne manquaient pas de souligner le nombre important de malades et la surmortalité dans ces populations qui n’avaient la chance d’être confinées. Bien abrité derrière son écran d’ordinateur, lui ne risquait pas d’être exposé.
Le premier mois de confinement, lorsqu’il avait dû arrêter d’aller courir en forêt, il avait pris plus de trois kilos. Il s’était alors décidé à s’entretenir. Sur internet, il avait acheté un vélo d’appartement ***cté, un tapis de mousse et des appareils de musculation. Tous les jours, de dix-sept à dix-huit heures, il s’imposait une heure d’exercice. Quand il faisait beau, il sortait le tapis dehors devant la maison. Il l’installait sur les dix mètres carrés de pelouse et profitait de la chaleur du soir. Quand il pleuvait, il restait à l’intérieur. Comme il n’utilisait plus la salle à manger, il avait repoussé la table contre un mur et transformé la pièce en salle de sport.
Il se souvenait avoir tenté une sortie pour aller courir dans la forêt. Il était passé par les rues de derrière pour éviter l’avenue trop surveillée. Il n’avait pas encore tourné le coin de la rue qu’une voiture autonome de la police était passée sur l’avenue. Les caméras l’avaient repéré. Le véhicule avait fait demi-tour et était revenu vers lui. Il avait été flashé sur le trottoir en flagrant délit de sortie illégale. La voix métallique de l’officier de synthèse lui avait demandé de présenter ses papiers et son autorisation de sortie devant la caméra. Il n’avait bien sûr rien sur lui. La reconnaissance faciale de la police l’ait identifié malgré le masque de protection qu’il portait sur le visage et l’avait escorté jusque chez lui. Le message et le montant de l’amende qu’il avait reçus sur son téléphone portable lui avaient ôté toute envie de recommencer :
« Boris,
Par votre comportement irresponsable, vous avez mis en danger votre vie et celle de vos concitoyens. Par là même, vous mettez gravement en danger la survie de notre société. Je vous rappelle que toute sortie de votre domicile est strictement interdite, sauf pour aller chercher les marchandises qui vous sont livrées devant chez vous par les services automatisés. En conséquence, vous êtes redevable d’une amende dont le montant sera doublé en cas de récidive dans les six mois. »
Après tout, ils n’avaient pas tort. Boris le savait bien. S’il n’était pas malade lui-même, il ne mettait pas vraiment en danger la vie d’autrui, mais, en sortant, il risquait d’être contaminé et se mettait lui-même en danger. Et donc, à terme risquait de contaminer d’autres personnes en ressortant. Il pouvait participer ainsi à disséminer le mal dans tout le pays et au-delà. C’était une règle intangible qu’il avait enfreinte. Elle s’appliquait à tous et devait être respectée par tous pour prendre toute son efficacité. Il en était conscient. En payant son amende sur le site de la police sanitaire, il réalisa la gravité de sa faute et regretta amèrement sa légèreté et son irresponsabilité. Depuis ce jour, en dehors des livraisons de ses commandes, il n’était plus sorti de chez lui.

Il interrompit son travail quelques minutes pour une pause. Il avait besoin de réfléchir à ce qu’il allait écrire dans la conclusion de son rapport. Il descendit dans la cuisine et remonta avec une théière pleine. Il se servit une tasse sur son bureau et s’accouda sur le garde-corps de la fenêtre ouverte. La rue était silencieuse. Pas de bruit de circulation. Pas un cri d’enfant. Pas l’écho d’une conversation. Les jardins étaient déserts. Beaucoup de maisons étaient fermées. Les occupants avaient préféré partir avant le confinement. Ils étaient à la campagne dans leur résidence secondaire plus confortable et plus vaste. Comme Christine en Bretagne. Ceux qui étaient restés avaient rentré leur voiture dans leur garage depuis longtemps. Celles qui étaient garées le long du trottoir étaient couvertes de poussière et de feuilles mortes. Les herbes folles poussaient partout sur la chaussée et le long des murets. Par endroit, des buissons entiers et de petits arbustes avaient percé le macadam et envahissaient les trottoirs. À quelques dizaines de mètres de chez lui, un buisson de ronce qui avait poussé entre les pavés du caniveau s’insinuait sous le pare-chocs d’une voiture qu’il recouvrait jusqu’au parebrise. Seule restait dégagée au milieu de la rue une voie fréquentée par les véhicules de secours et les camions de livraison. Les services de la voirie veillaient à maintenir l’accès aux habitations. Un robot faucheur passait toutes les semaines pour déblayer un passage de deux mètres de large devant chaque entrée de maisons. Partout, la nature reprenait ses droits.
Tout à coup, son regard fut attiré par un mouvement. Un peu plus loin, quelque chose avait bougé. Un animal ? Il regarda attentivement. Là-bas, sous le buisson, entre les deux voitures, quelque chose furetait. Probablement un chat ou un chien. Il le voyait maintenant sous la voiture. Trop gros pour un chat. L’animal sortit de son abri et traversa la rue. Un renard ! Boris ne fut pas étonné. Il se souvenait de ce matin où il s’était levé plus tôt que d’habitude, il avait surpris un couple de chevreuils qui broutait les jeunes pousses d’un chèvrefeuille sur le grillage de la maison d’en face. Il était resté un long moment à les contempler. Aucune activité humaine pour les déranger. Pas la moindre présence pour les faire fuir. Les animaux avaient poursuivi leur exploration matinale. Ils étaient entrés dans un jardin traversant un peu plus loin. Ils avaient probablement regagné le bois à la sortie de la ville. La forêt n’était pas très loin. À trois rues seulement. Boris y avait couru pendant des années le dimanche matin sans jamais rencontrer la moindre trace de vie sauvage. Les animaux avaient vite fait d’occuper la place au départ des hommes. Plus de promeneur. Plus de coureur du dimanche. Plus de chasseur. Ils devaient maintenant s’y développer en toute liberté.

Alors qu’il achevait son rapport, Boris fut interrompu par le bip de son téléphone portable. Un SMS l’avertissait d’une livraison imminente. Il sauvegarda son travail et mit son ordinateur en veille. Il descendit dans son entrée, enfila des gants en latex, noua son masque de protection derrière sa tête (il ne supportait plus les masques à élastiques passés derrière les oreilles qui lui donnaient des irritations insupportables) et posa par-dessus une paire de larges lunettes en plastique transparent. Ainsi équipé, il sortit dans le jardin, revêtit une longue cape de pluie en plastique qu’il ne rentrait jamais à l’intérieur et chaussa des bottes en caoutchouc. Il était temps, le véhicule de livraison approchait en silence. Il s’arrêta devant le portillon de la rue. Le camion ressemblait à un petit wagon de marchandise monté sur quatre larges roues. Aucune fenêtre ne permettait de voir à l’intérieur. Sur le toit de la camionnette, à chaque angle, une caméra observait en permanence l’espace alentour. Même si les véhicules autorisés à circuler en ville étaient tous inter***ctés, la sécurité exigeait cette surveillance supplémentaire pour éviter toute collision accidentelle. Un chien. Un chat. Un enfant échappé à la surveillance de ses parents. Un piéton qui aurait désactivé le capteur de traçabilité de son téléphone portable. Tout autour une ceinture radar informait l’ordinateur de bord de la présence d’un obstacle imprévu au moment de redémarrer.
La caméra de livraison située sur le toit du camion repéra Boris et se tourna vers lui pour s’assurer qu’il était bien seul et qu’il était correctement équipé. Un clignotant rouge indiquait au client qu’il était interdit de s’approcher. Boris appela sur son téléphone portable le site du livreur et entra son code personnel. Sur le côté du véhicule, une trappe se déverrouilla et s’abaissa lentement. Dès que la lumière verte fut allumée, il s’approcha pour décharger ses commissions. Il commença par ouvrir le compartiment froid et entreposa les aliments périssables dans un cabanon réfrigéré à côté de la porte d’entrée de sa maison. Il retourna vers le camion et sortit du coffre deux caisses de bière, une caisse de vin et finit par les deux cartons de matériel qui restaient. Il entreposa le tout sous un auvent à l’abri de la pluie. Il ne pourrait pas y toucher avant le lendemain matin. Il vérifia que le coffre était vide et envoya un code au service de livraison. La lumière au-dessus de la trappe d’accès redevint rouge et la porte se referma. Lorsqu’elle fut verrouillée, un jet de liquide désinfectant fut pulvérisé sur la paroi métallique. Le véhicule électrique redémarra sans un bruit pour aller s’arrêter trente mètres plus loin devant une autre maison. Boris vit la mère de famille sortir sur le pas de sa porte, vêtue de sa cape de pluie, chaussée de ses bottes en caoutchouc, protégée de ses gants et portant masque et lunettes. Il lui fit un lointain signe de la main qu’elle lui rendit. Il rentra dans son jardin, déposa sa cape et ses bottes qu’il aspergea de produit désinfectant. Il retira ses gants comme on l’avait enseigné à la télévision en les retournant sans toucher la partie extérieure, les jeta dans le conteneur en plastique de la poubelle, se lava les mains avec une solution désinfectante et rentra chez lui. Il se réinstalla devant son ordinateur, acheva le rapport qu’il avait interrompu et l’envoya au bureau. Il était dans les temps pour la réunion de 14 heures.

Il avait déjeuné rapidement d’un plat tout préparé sorti du congélateur. En attendant l’heure de sa réunion, il s’était installé sur la petite table à côté de la fenêtre de son bureau. Il lisait les informations du jour sur sa tablette. Alors qu’il sirotait son thé à petites gorgées en regardant distraitement dehors, une ambulance passa en silence en roulant à pleine vitesse. Le véhicule blanc sans chauffeur s’arrêta devant la maison du bout de la rue. Une porte s’ouvrit sur le côté. Deux hommes en sortirent, vêtus de combinaisons blanches intégrales. Ils portaient un casque en forme de bulle fixé par des fermetures de sécurité étanches. L’appareil respiratoire qu’ils portaient dans le dos pour filtrer l’air qu’ils respiraient achevait de leur donner une allure de cosmonaute. L’un d’entre eux actionna une commande à l’arrière de la voiture. Le hayon se leva et un brancard électrique en sortit. Les hommes entrèrent dans la maison. Ils en ressortirent quelques minutes plus tard. Le malade était couché sur le brancard sous une tente en plastique. Un appareil respiratoire semblable à celui des ambulanciers filtrait l’air sous la tente. Le brancard embarqua à l’arrière de l’ambulance. Les deux hommes refermèrent le hayon, remontèrent dans la voiture par la porte de côté qui se referma à son tour. L’ambulance repartit sans un bruit vers l’hôpital.
Boris savait ce que cela signifiait. La surveillance du quartier allait s’intensifier dans les semaines suivantes. Contrôle de température matin et soir pour tout le monde avec le thermomètre électro*** ***cté au site médical de la mairie. Au moindre doute, un médecin du service appellerait pour une videoconsultation. En cas de symptôme, l’ambulance reviendrait chercher la personne. Il fallait s’attendre à la voir passer plusieurs fois dans la semaine. Ces alertes étaient le plus souvent sans suite et les malades rentraient chez eux après quelques jours de surveillance en isolement dans une cellule sanitaire de l’hôpital. Ces précautions étaient d’ailleurs rassurantes. Tout le monde savait bien que plus le mal était pris tôt, plus les chances de guérison étaient grandes.
Il en était là de ses réflexions quand son téléphone bipa dans sa poche. Un message de la mairie lui annonçait un cas dans son quartier et organisait la surveillance sanitaire renforcée. Il ne fut pas surpris.

La conférence vidéo avait duré un peu plus d’une heure. Le temps de faire le point sur le travail de chacun et les perspectives de l’équipe dans les semaines suivantes. Chacun recevrait un message pour indiquer la direction à suivre jusqu’à la prochaine réunion. Les membres de l’équipe communiquaient entre eux tous les jours en fonction des besoins. Par téléphone. Par SMS. Par mail. Par vidéo… Boris acheva de rédiger le compte-rendu de la réunion qu’il devait envoyer à tous les participants. Il ôta sa chemise qu’il replia soigneusement jusqu’à la réunion suivante et reprit son vieux T-shirt. Il descendit dans la salle de sport du rez-de-chaussée, enfila ses chaussures de course et s’installa sur le vélo. Il ***cta son téléphone sur une chaine de musique et choisit une liste de morceaux qu’il avait préenregistrée. Il l’envoya sur une enceinte Bluetooth. Il n’avait pas besoin de casque, il était seul chez lui. Sur le programme du vélo, il sélectionna un parcours qui s’afficha sur l’écran puis commença à pédaler. La ballade qu’il avait choisie devait l’emmener sur les routes du Périgord. Deux heures d’évasion au milieu de la nature.
Il longeait les rives de la Vézère et approchait du village des Eyzies quand son téléphone bipa. La photo de Christine apparut en bas de l’écran. Au milieu de la rivière. Il décrocha sans cesser de pédaler. La voix de sa femme était relayée par le système de sonorisation. Au début de leur séparation forcée, ils s’appelaient tous les jours. Les enfants étaient à côté d’elle. Leurs appels s’étaient espacés peu à peu. Ils s’appelaient maintenant une fois par semaine. Cela faisait bien un mois qu’il n’avait pas vu apparaitre les enfants. Chacun vivait sa routine de son côté. Elle, en Bretagne. Lui, à la maison. Leurs vies se ressemblaient. À la présence des enfants près. Tous les deux en télétravail. Tous les deux protégés de la même façon par la police sanitaire qui veillait là-bas comme ici. Tous les deux faisaient leurs courses sur internet et attendaient la livraison automatique, masqués et couverts comme des malades en puissance dont tout le monde se méfiait. Ils ne parlaient pas entre eux du temps qui passe. De l’ennui. Du désespoir qui les prenait parfois. Ils ne cherchaient plus à savoir quand ils pourraient se retrouver. Depuis longtemps, ils avaient compris que ces questions sans réponse leur faisaient plus de mal que de bien. Ils n’évoquaient pas leur stress. Jamais. Chacun connaissait pourtant celui de l’autre. Le monde entier vivait dans la peur quotidienne de la maladie. Boris raconta sa journée. Le renard qu’il avait surpris dans la rue du haut de sa fenêtre. La vidéoconférence. Le sport qui l’entretenait. Christine raconta les enfants. La mer qu’ils voyaient du bout du jardin. Le cri des mouettes qui tournaient sans cesse au-dessus de la maison. L’odeur d’iode qui leur parvenait quand le vent portait. Ils parlèrent pendant près d’une heure. Quand Christine raccrocha, Boris avait quitté la vallée de la Vézère pour attaquer la route qui traversait la montagne. Il redescendait sur Sarlat dont il commençait à apercevoir les remparts au fond de la vallée. Arrivé devant la porte principale de la ville, il s’arrêta de pédaler. Le programme de ballade finissait là. Il coupa l’alimentation du vélo, se mit un plat à réchauffer au micro-ondes et monta prendre une douche. Il dina rapidement et se prépara pour une soirée télévision.

L’écran plat était rangé à la cave. Boris avait installé un projecteur vidéo dans le salon et avait repeint le mur du fond en blanc. Assis dans son canapé, il projetait les programmes de télévision. Les informations d’une chaine continue. Ses émissions favorites. Les films et les séries qu’il téléchargeait. Il était bien mieux installé que dans une salle de cinéma où il aurait dû côtoyer des voisins dont il n’était pas sûr. Ce soir-là était le jour du rendez-vous mensuel du Président. Depuis le début de la maladie, celui-ci avait pris l’habitude d’intervenir le premier jeudi de chaque mois pour informer le peuple des progrès de la maladie. Des contre-mesures décidées par le gouvernement. De leurs effets. De leurs échecs. Des nouveautés sur la lutte contre le fléau. Des propositions des experts à travers le monde. Des commentaires des experts nationaux. Des dernières décisions, enfin, en matière de sécurité sanitaire, qu’il fallait expliquer. Justifier. Ses interventions étaient attendues par tout le monde. La vie s’arrêtait. Le peuple entier était devant son écran de télévision.
Boris attendait avec un peu d’appréhension les informations présidentielles. Il s’était installé dans son canapé et avait branché son ordinateur sur le câble du projecteur vidéo. Une bière dans la main droite et un paquet de chips à sa gauche, il écoutait les réclames qui précédaient l’allocution.
Les informations contradictoires circulaient sur internet. Des experts réels ou autoproclamés interrogés à la télévision par vidéo exposaient leurs propres visions du combat. Énonçaient des stratégies contradictoires, seules solutions selon eux pour sortir de la crise. Personne ne les écoutait plus. Les gens avaient besoin d’un repère. Le Président avait fait preuve d’un grand courage politique dès le début, justifiant ses décisions de façon forte. Les résultats lui avaient donné raison. Le mal s’était stabilisé. La courbe de la mortalité dans les hôpitaux avait cessé de croitre après quelques semaines. L’angoisse initiale de la population devant le danger mortel qui s’abattait sur le monde avait peu à peu fait place à un fond d’anxiété latente. Chacun chez soi se sentait en sécurité face au danger qui guettait à l’extérieur. Cette peur de la mort avait facilité l’acceptation par tous des mesures exceptionnelles et transitoires, seules à même de sauver des vies. C’était cet homme qui, s’appuyant sur les expertises scientifiques de ses conseillers triés sur le volet, avait su rassurer la population. Bien sûr, quand il avait annoncé la suspension des élections présidentielles, des voix s’étaient élevées, mais, quand le chef du principal parti d’opposition hospitalisé en urgence était mort après une semaine en réanimation, les protestations s’étaient faites plus discrètes. Les autres pays avaient d’ailleurs emboité le pas en suspendant tour à tour le cours de leur vie démocratique au nom de la sécurité sanitaire. Comment organiser des élections libres dans un pays où les citoyens ne peuvent pas se rendre aux urnes ?
Le pays s’était maintenant organisé. Tout le monde savait bien que le Président agissait pour le bien de la nation. Il respectait d’ailleurs le même confinement strict que celui qu’il imposait au peuple. Tout le monde espérait que la vie normale reprendrait bientôt et qu’il serait à nouveau possible de sortir dans la rue, de rencontrer ses voisins, ses amis, sa famille. De voyager.
Pour l’heure, les annonces du Président n’étaient pas à l’optimisme. Si le nombre de cas grave restait stable dans les pays d’Europe occidentale, il semblait recommencer à augmenter en Afrique où le confinement n’était pas bien respecté, ainsi qu’en Amérique du Sud où certains pays avaient cru possible d’assouplir les contraintes. Il était encore une fois évident que seul un confinement strict de la population serait capable d’enrayer la progression du mal et d’assurer la sécurité de ses concitoyens. Au nom de la souveraineté nationale et afin de protéger la santé et la liberté de chacun, à contrecœur, le Président avait décidé de prolonger la période de confinement sanitaire de plusieurs mois.
Vive la République ! avait-il dit pour conclure.
Après l’allocution, les analyses et les commentaires des journalistes étaient unanimes. Une fois de plus, le Président avait su prendre une décision courageuse. La seule envisageable pour protéger la population et enrayer le fléau. Le pays avait de la chance de l’avoir à sa tête. Il était l’homme de la situation. Le Premier ministre joint par téléphone pour commenter la décision confirma que rien ne changeait et que les règles en vigueur étaient maintenues. Il avait donné des instructions aux différents ministres en place pour que les règlements de sécurité sanitaires soient appliqués avec la plus grande fermeté, mais avec humanité.
Sur une autre chaine, le président de l’Agence Nationale Sanitaire commentait lui aussi l’intervention présidentielle. La seule mesure efficace contre la contagion était d’éviter tout contact interhumain tant que le mal continuerait à circuler. Or, celui-ci circulait plus que jamais. Son agence ne pouvait donc qu’approuver les mesures annoncées. Elle était d’ailleurs à l’origine des informations et des avis qui avaient permis au Président de prendre sa décision.
À la fin de l’émission, les commentaires des journalistes étaient rassurants. Le Président n’avait rien annoncé d’inquiétant. Le mal était partout, mais ne s’étendait plus. Le risque de contagion était très faible pour les personnes qui respectaient les consignes sanitaires.
Boris avait ouvert une deuxième canette de bière. Il tapa sur son clavier et téléchargea le trente-deuxième épisode de sa série préférée. Il l’avait déjà vue plusieurs fois, mais ne s’en lassait pas.

Le soir était tombé depuis longtemps. La nuit était noire, à peine éclairée par un premier quartier de lune qui diffusait une lumière pâle sur la ville. La mairie avait cessé d’allumer l’éclairage public. Les voitures autonomes n’en avaient pas besoin. Même le feu tricolore au bout de la rue était éteint. La circulation des véhicules d’urgence était gérée par l’ordinateur central de la voirie. Les seules lumières de la rue provenaient des maisons.
Boris regardait par la fenêtre de sa chambre. Un véhicule de police passait en silence. Sa caméra infrarouge tournait doucement sur le toit. Un chien traversa devant lui. La voiture ralentit pour l’éviter et poursuivit sa patrouille. Sur les lampadaires à chaque carrefour, des caméras à vision nocturne surveillaient la circulation. Un rôdeur serait vite repéré. Il pouvait dormir tranquille. Il consulta une dernière fois son téléphone. Pas de réunion prévue le lendemain. Il avala un comprimé de somnifère que le médecin du service de surveillance sanitaire lui avait conseillé lors de sa dernière téléconsultation mensuelle.
Avant d’éteindre la lumière, il raya la date du jour sur son calendrier. Sur la ligne du lendemain il écrivit 1790.

 

 

Prochaines dates :

 Du 15 au 21 juin 2020

 Du 20 au 26 juillet 2020

 Du 17 au 23 août 2020

 Du 14 au 20 septembre 2020

 Du 19 au 25 octobre 2020

 Du 16 au 22 novembre 2020

 Du 14 au 20 décembre 2020

Age Genre Ville Pays
62 ans Femme Marne France
Célébrité préférée Musique préférée Film préféré Plat préféré
Bruce Willis balavoine...sardou Dirty Dancing tomate farci
Couleur préférée Le job de mes rêves Emission préférée Loisir préféré
violet vétérinaire télé réalité reportage etc travaux manuels..lecture


© FEERIK GAMES 2015 - Nous contacter - CGU - Charte des forums - Mentions légales - Mon compte - Règles - Comment jouer - 25/05/2020 03:39:27