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danymanou
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Gardienne de l'arbre

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Une rose blanche

Le café coule lentement dans la tasse, tandis que le grille-pain lâche des volutes de fumées que le vieil homme ignore. Il récupère le pain brûlé quelques minutes plus tard et tente tant bien que mal d’y étaler un morceau de beurre dur comme la pierre, accompagné d’une confiture liquide aux couleurs peu appétissantes. Pourtant, le vieil homme semble se régaler, seul dans sa cuisine comme tous les matins, les yeux rivés sur les arbres nus, laissant passer le soleil à travers les fenêtres de son appartement lillois. 
Du coin de l’œil il aperçoit le rouge-gorge qui vient souvent lui rendre visite sur son balcon, et qu’il a tout simplement prénommé « Rouge ». Il lui fait un signe de la main, auquel le petit oiseau répond par son chant mélodieux avant de s’envoler. 

À dix heures précises il entre dans la salle de bain, et prend une longue douche revigorante. Une demi-heure plus tard il est dans l’entrée, posant sur sa tête son béret fétiche avant d’enfiler un long manteau gris qu’il ferme jusqu’au cou pour ne pas attraper froid. Il faut dire que cette année l’hiver est particulièrement rude. La neige recouvre chaque parcelle de trottoir, obligeant le vieil homme à marcher sur la route pour ne pas glisser. 
Sa canne maintient un équilibre précaire et le conduit instinctivement dans le labyrinthe des ruelles qu’il connaît par cœur. Lille n’a plus aucun secret pour cet homme qui y a passé les plus belles années de sa vie. Il pourrait s’y orienter les yeux fermés.

En attendant, ce sont les yeux et les narines bien ouverts qu’il entre chez sa fleuriste favorite, au milieu de ces senteurs naturelles qu’il aime tant. Hélène sourit en le voyant arriver de sa démarche hésitante.
— Bonjour Monsieur Franck, comment vous portez-vous aujourd’hui ?
— Oh toujours pareil ma bonne dame.
— Et votre jambe ?  
Tout en parlant, la jeune fleuriste attrape une rose blanche dans le vase situé à côté du comptoir et l’enveloppe d’un papier transparent. 
— Ça va mieux, j’arrive à tenir debout un peu plus longtemps chaque jour, ça fait plaisir.
— Oui j’imagine.  
Elle pose la fleur sur le comptoir et refuse l’argent que le vieil homme lui tend.
— Non, non, pas aujourd’hui, vous vous souvenez ? On avait dit un jour sur deux, et vous m’avez déjà payé hier.
— Ah oui c’est vrai j’avais oublié, dit-il en rangeant l’argent dans son porte monnaie. Mais je ne comprends toujours pas pourquoi vous êtes si gentille avec moi.
— Qui ne le serait pas ? dit-elle en lui lançant un clin d’œil.  
Intrigué par ce geste d’affection, il lui rend son brillant sourire et lui souhaite une bonne journée avant de sortir de la boutique, la rose à la main. 

Fatigué d’être debout, il s’assoit quelques instants dans un parc, d’où il peut observer les mères discuter entre elles de leur quotidien trop monotone, tandis que leurs enfants s’amusent à cache cache au milieu des arbres centenaires, les pieds recouverts d’une épaisse couche de neige. 
Il aime écouter leurs cris de joie et voir leur énergie sans limite. Cela fait bien longtemps qu’il n’a pas couru, même si ce n’est pas l’envie qui lui manque. Mais le médecin a bien insisté : pas d’activité susceptible de fatiguer son vieux corps. Comme si quelqu’un qui marche plus de cinq kilomètres par jour peut être traité de vieux ! 
Sa seule faiblesse est d’écouter son médecin plutôt que son cœur, qui l’incite à toujours aller au-delà de ses limites. On lui a pourtant plus d’une fois conseillé de faire appel à une aide ménagère, mais rien n’y fait. Il tient trop à sa liberté pour se laisser imposer une présence encombrante qu’il ne souhaite pas voir traîner partout dans son appartement.
Et comme il n’a pas d’enfant pour prendre les décisions à sa place, il a toujours réussi à éviter cette situation. Il aime passer ses journées dehors, même si celles-ci sont réglées comme du papier à musique. Au moins, il sait ce qu’il a à faire sans malmener sa mémoire défaillante. Une journée organisée à la minute près est la clé pour ne rien oublier, même si cela ne l’empêche pas d’avoir parfois quelques trous, dont il se passerait volontiers. 

Le midi, il se rend au restaurant Le Faubourg, dans lequel il a ses habitudes, et où on le place directement à la table située contre le mur du fond. Ici, tout le monde le connaît et le salue sur son passage.
Pas besoin de menu, une bouteille de Saumur Champigny l’attend déjà sur la table. Cinq minutes plus tard on lui amène l’entrée : une assiette de terrine maison qu’il déguste avec appétit, tout comme l’andouillette qui lui fait suite. Il finit le repas en beauté avec une tarte au pomme, son pêché mignon. 
Puis, après avoir consulté le journal durant vingt minutes, il dépose quelques pièces et billets sur la table sans attendre l’addition et s’en va en lançant un au revoir général. Le gérant ne vérifie pas l’argent, il ne le fait jamais. Il sait qu’il peut lui faire confiance pour avoir payé le prix exact, au centime près, sans jamais oublier quelques pièces de pourboire.

Le soleil est maintenant haut dans le ciel, et la neige fond à vue d’œil. Le vieil homme regrette de ne pas avoir mis de chaussures plus épaisses, il a les pieds mouillés. Mais il ne peut pas rentrer chez lui, pas encore, cela perturberait son programme.
Il marche longtemps, jusqu’à sentir ses jambes s’engourdir sous l’effort. Alors il s’arrête quelques minutes sur un banc, avant de repartir de plus belle vers sa destination, toujours la même depuis deux ans. 
Sur le chemin il reconnaît des visages familiers, qui le saluent de l’autre côté du trottoir sans jamais s’arrêter. Car tout le monde sait qu’il préfère être seul, et qu’on le laisse tranquille avec ses pensées. Pourtant, tous ceux qui le connaissent, même de vue, apprécient ce vieil homme avec sa canne et sa rose blanche, qu’ils voient marcher courageusement tous les jours dans les rues de Lille, peu importe le temps. Et ils regrettent de ne pas réussir à passer plus de temps avec lui.

Finalement, plus de trois heures après avoir quitté son appartement, le vieil homme arrive enfin à destination. Il passe le grand portail sans hésitation, puis marque un temps d’arrêt pour réfléchir. Face à lui, des centaines de tombes s’alignent le long d’allées particulièrement bien entretenues. Il y en a de toute sorte : des petites, des grandes, des blanches, des grises.
Le vieil homme hésite, il ne parvient pas à s’orienter dans ce dédale de pierres rectangulaires. Au hasard, il prend sur sa droite, observant les noms inscrits sur les tombes. Certains sont illisibles, abîmés par le temps. D’autres témoignent d’un abandon des familles, qui ont depuis longtemps déserté l’ambiance sordide des cimetières, pour se consacrer à leur vie loin des contraintes qu’apportent la perte d’un être cher. Certains ont été oubliés, ou n’ont tout simplement jamais eu de famille pour leur payer une pierre tombale digne de ce nom.
Le vieil homme observe les enfants fleurir la tombe de leurs parents, et les parents pleurer devant la tombe de leurs enfants.
Eux, ne seront jamais oubliés, car leur perte est tellement injuste que la famille viendra toujours s’excuser de leur avoir survécu. Alors qu’un homme de son âge, qui s’en soucierait ? Lorsqu’il ne sera plus là, qui viendra fleurir sa tombe et veiller à ce qu’elle ne s’abîme pas ? Il ne connaît personne susceptible de venir pleurer sur son sort. Et quand bien même, il ne le souhaite pas. Personne ne devrait s’occuper des vieux comme lui, alors que leur disparition n’est qu’une chose naturelle.

Il s’arrête finalement devant une tombe portant le nom de Juliette Beaujean, gravé en lettres d’or sur une pierre blanche ornée d’in ions telles que « En souvenir de mon amour », « À ma fille chérie » ou encore « Pour toi maman » . Le parterre abondamment fleuri témoigne du passage récurrent d’une personne venue entretenir la dernière demeure de cette femme, décédée tragiquement à l’âge de quarante-trois ans. 
Avec la force qui lui reste, il s’agenouille sur l’herbe, aidé de sa canne, et dépose sa rose blanche ainsi que ses larmes aux côtés d’un magnifique bouquet de jonquilles. Il reste quelques minutes sans bouger, les yeux fermés, à prier pour que cette femme trouve le bonheur, peu importe où elle se trouve. 
Alors qu’il s’apprête à quitter le cimetière, après plus d’une demi-heure de pleurs et de recueillement, il entend une voix qui l’appelle au loin.
— Excusez-moi, c’est vous Monsieur Franck ?  
Le vieil homme se retourne, étonné qu’on l’interpelle ainsi. La jeune femme ne doit pas avoir plus de trente ans. Ses longs cheveux roux volent au gré du vent et son sourire illumine un visage pâle mangé par les taches de rousseur.
— Comment connaissez-vous mon nom ? lui demande-t-il, intrigué.
— Je connais Hélène, la fleuriste, c’est elle qui m’a parlé de vous. Et je vous ai vu déposer une rose blanche sur la tombe de cette femme.
— Et donc ?
— Vous savez qu’on parle de vous dans La voix du Nord ? « Les roses anonymes », c’est vous n’est-ce pas ?
— Pourquoi parlerait-on de moi ? Je n’ai rien fait de particulier.
— Au contraire ! Vous redonnez de l’espoir à toutes les familles qui ont un être cher enterré ici, c’est déjà beaucoup ! Vous rappelez à tout le monde que nos morts ne doivent pas être oubliés.
— Je ne vois vraiment pas de quoi vous parlez.  
La jeune femme lui tend une rose blanche sur le point de s’ouvrir, emballée dans un papier transparent qu’il connaît bien.
— C’est vous qui avez déposé cette rose sur la tombe de mon mari hier, n’est-ce pas?
— Je viens ici pour ma femme, c’est tout.
— Alors pourquoi vous recueillir sur une tombe différente chaque jour ?  
Le vieil homme soupire et regarde autour de lui. Sur chaque tombe qui l’entoure, une rose blanche entourée de papier transparent est déposée bien en évidence. Certaines sont fanées de plusieurs semaines, d’autres de plusieurs jours, d’autres encore commencent seulement à ouvrir leur cœur pur.
Il aurait aimé que personne ne le voit jamais faire, afin de garder ce secret bien enfoui, pour ne jamais recevoir des remerciements qu’il ne mérite pas. Il a été bien étonné de voir qu’on parlait effectivement de lui dans le journal local, et il a gardé précieusement encadré tous les articles évoquant le geste de cet inconnu, qui fleurit les tombes du cimetière de l’Est depuis maintenant deux ans. 
La jolie rousse pose sa main sur la sienne.
— Écoutez, je ne sais pas pourquoi vous faites ça, mais merci. Au nom de toutes les familles. Merci.  
Puis elle lui sourit, les larmes aux yeux, et s’éloigne, laissant le vieil homme seul avec ses pensées. 

Alors qu’il entame le long chemin du retour pour rentrer chez lui, il réfléchit à cette conversation. Tout le monde semble penser qu’il agit u***ment pour le bien être des autres, sans penser qu’avant tout, c’est lui qu’il tente d’apaiser. Lui et cette mémoire qui lui fait défaut.
Les médecins ont pourtant tenté de le rassurer, lui expliquant que c’est normal lorsque l’on vieillit de perdre certains moments de sa vie. On a vécu tellement de choses que l’on ne peut pas se souvenir de tout. Mais les médecins se trompent, sa mémoire est beaucoup plus défaillante que ce qu’ils veulent bien lui faire croire, et le décès de sa femme deux ans plus tôt a aggravé les choses.
Peut-être est-ce dû au choc de sa perte, mais ce jour là, il a perdu une grande partie de ses facultés motrices et mentales. Si bien qu’aujourd’hui, il ne se souvient même plus où Sophie est enterrée. Il n’a jamais compris pourquoi sa tête lui permet de se souvenir de choses inutiles, alors même qu’elle lui interdit de connaître cette information essentielle. Pour parer à cette perte de mémoire, chaque minute de sa journée est chronométrée. C’est le seul moyen d’arriver à se souvenir de ce qu’il doit faire. Et le meilleur moyen de savoir que Sophie l’attend à ce cimetière plutôt qu’un autre. 
Mais chaque jour, une fois passé le grand portail, le vieil homme entre dans l’inconnu le plus total. Il n’a aucune idée de l’emplacement de sa tombe, qu’il a pourtant financée avec ses propres économies, et qu’il a vu se refermer sur celle qu’il a aimé toute sa vie.
Alors, depuis deux ans, il dépose sa fleur blanche sur une tombe différente, dans l’espoir qu’un jour, elle finisse par arriver à bonne destination. Car avec le temps qui passe, il constate avec tristesse que les noms s’entremêlent dans sa tête. Et il n’est plus sûr de réussir à reconnaître Sophie, le jour où il déposera finalement la rose au pied de sa photo.
Malgré tout, c’est un rituel qu’il continuera jusqu’à ce qu’il puisse la rejoindre dans un autre monde. Car sa démarche a maintenant un autre but : celui de confirmer les dires sur les raisons de ses actes. Celui de prouver qu’il n’est pas qu’un égoïste aux yeux du monde, et qu’il souhaite égayer les cœurs de ceux qui ont souffert. Il espère que par la suite, d’autres prendront le relais lorsqu’il ne sera plus là.
Et même s’il ne le fait plus u***ment pour Sophie, il sait maintenant que la Rose qui lui est destinée, ce n’est plus entre ses mains qu’il la porte, mais dans son cœur.

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