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+2 Bonne journée ma soeurette ,les...
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Pas de pluie chez moi. Bisous ma belle Mumu.
19/06/2019 à 15:11:45
maxou-manou
bises
19/06/2019 à 13:26:40

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danymanou a 83 points de bonté.

danymanou
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215
Gardienne de l'arbre

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George Larson est un type heureux

Il était dix-huit heures lorsque George Larson termina sa journée de travail. Il se retrouva sur le trottoir de la 42e avenue, au milieu d’une foule de types comme lui, des types portant le même costume gris que le sien, un chapeau sur l’oreille, une mallette à la main, un journal sous le bras, un parapluie coincé sous le coude, des types au visage rasé de près, aux traits fatigués par leurs huit heures de travail dans un bureau semblable au sien, des types qui hélaient des taxis, s’acheminaient vers les arrêts d’autobus ou bien descendaient dans une station de métro pour rentrer chez eux. George prit un moment pour se laisser envahir par New York. Les panneaux publicitaires, les néons des magasins lui jetaient au visage leurs mots clignotants, en grosses lettres majuscules. COCA COLA PAUSE AND REFRESH. LANA TURNER IN CINEMASCOPE !!
Dans l’ensemble, George était plutôt content. De sa journée, d’abord. Il avait la sensation d’un travail accompli, quelque chose de gratifiant qui l’avait poussé à se lever à six heures du matin, à quitter son pavillon du Queens pour se rendre à Manhattan. Un travail qui l’avait fatigué et le laissait la tête vide. Mais il était aussi content de façon plus générale. Content d’appartenir à un tout, ce grand tout qu’était la ville de New-York, content d’être un peu d’atomes au milieu des odeurs de***-dogs et de pots d’échappements, des rires des passants et des bribes de conversations saisies au hasard. En somme, George Larson était un type heureux.
Il se dirigea vers le métro à la suite d’une dizaine de costumes gris. Le trajet jusqu’à chez lui durait quarante minutes. Il avait toujours en sa possession le New York Times mais le lisait rarement pendant le trajet du retour. C’était son activité matinale. Le soir, il restait assis, les yeux perdus dans le vague, le journal sur les genoux, sa mallette posée contre ses jambes pour ne pas gêner les autres passagers. Il aimait regarder les gens autour de lui. La plupart étaient des hommes qui lisaient aussi le New York Times ou gardaient aussi les yeux perdus dans le vague puis descendaient au même arrêt que le sien pour regagner une maison où femme et enfants les attendaient.
Une fois cependant, c’était l’année précédente à la même époque, il y avait eu un incident notable. Un inconnu l’avait fixé puis était descendu au même arrêt que le sien. George avait d’abord cru qu’il s’agissait d’un mendiant tant le type paraissait fatigué, usé. Il avait pensé à lui donner un dollar ou deux pour s’en débarrasser. Ensuite, l’homme s’était mis à le suivre et George avait soupçonné un homo***uel. Il avait paniqué. On les disait liés aux communistes. Que se passerait-il si des gens les voyaient ensemble ? Si son patron était mis au courant ? George s’était retourné et avait fait face à l’homme. L’autre le regardait avec des yeux étranges, des yeux de fou. 
— Monsieur, avait dit George. Je vous en prie, contenez-vous... je suis marié, je ne suis pas intéressé. Laissez-moi tranquille ou vous allez m’attirer des ennuis. 
Il était rentré chez lui. Il avait regardé par la fenêtre et l’homme était là, dans son jardin à présent. À moitié masqué par la haie, il le fixait. George avait appelé la police. Ils étaient venus et avaient embarqué le type. Ça avait été une drôle d’histoire. Le genre d’histoires qu’on chuchote lors de soirées entre amis, quand on a un petit coup dans le nez. 
À présent, assis à la même place, deuxième voiture, première rangée, contre la fenêtre, (il avait ses petites manies) George regardait les autres passagers. Il sortit un mouchoir de sa poche et s’épongea le front avec. Il se sentait fatigué ces derniers temps. Rien de grave. Un peu de surmenage ? Peut-être appellerait-il le médecin demain, pour se faire prescrire des vitamines. Il chercha s’il y avait des femmes dans son compartiment. Depuis quelques jours, il comptait le nombre de femmes. Ça faisait passer le temps. Il y en avait deux, au fond. Il ne voyait pas leurs visages. Il regarda leurs jambes. L’une d’elles avait de belles jambes, longues et ciselées. Ses bas étaient si fins que ses jambes paraissaient nues. Mon Dieu, peut-être qu’elles le sont... Il tripota l’alliance à son doigt. C’était un petit jeu stupide. Juste un petit jeu, qui ne prêtait pas à conséquence du tout. Il était marié. Il était heureux avec sa femme. Je suis heureux avec Marjorie, se répéta-t-il. Ce week-end, ils iraient au centre commercial. Ils avaient le projet d’acquérir un poste de télévision en couleur. 
Un homme en costume gris se décala et lui obstrua la vue. Il était de dos, la veste impeccable, les plis du pantalon bien repassés, comme s’il n’avait pas passé la journée les fesses vissées à une chaise. George tira sur son propre costume, essayant de lisser tous les plis que le tweed avait pris, sous les coudes et aux genoux. Peine perdue. Il regarda à nouveau l’homme. Il ne bougeait toujours pas. Adieu, belles gambettes. 
Le métro s’arrêta. Des gens sortirent. D’autres entrèrent. Le costume gris se mit à remonter l’allée. Il cherchait une place. George n’eut que le temps de l’apercevoir. Un grand bonhomme un peu corpulent. Bizarre... ce gars-là lui rappelait quelqu’un. Il savait de qui il s’agissait mais n’arrivait pas à le formuler, comme lorsqu’on a le nom d’une personne sur le bout de la langue. George desserra le nœud de sa cravate. Non, il avait dû se tromper. Sans doute le type était-il un des habitués de la ligne de métro.
George se renfonça dans son siège et ferma les yeux. Il avait hâte de rentrer chez lui maintenant. Il posa sa main sur son ventre et écouta le gargouillement qui s’en échappait. Il avait envie d’une côte de veau. Il en avait eu envie toute la journée. Il aurait dû téléphoner à Marjorie, pour lui demander de préparer une côte de veau. Il rouvrit les yeux au moment où le type passait à nouveau devant lui. Visage rasé. Petits yeux noirs. Long nez. Mâchoire un peu proéminente. Comme moi, se dit George légèrement affolé, comme moi. Il se contorsionna sur son siège pour suivre des yeux l’homme, qui avançait toujours. 
En se redressant, George croisa le regard de son voisin. C’était un petit homme en costume gris foncé, avec une fine moustache noire. Il avait l’air d’observer ce qui se passait autour de lui. 
— Monsieur... vous avez vu ? lui demanda George. 
Le type à la moustache posa sur lui des yeux hagards. George se demanda s’il était aveugle. On aurait dit que ses yeux le transperçaient. Il n’avait même plus envie de finir sa phrase. Il la termina quand même, dans un chuchotement :
— Le type qui est passé, il me ressemblait plutôt, pas vrai ? 
Le moustachu ne répondit pas. George se racla la gorge. Le type lui fit alors un petit sourire, un étrange petit sourire qui ne resta que quelques millièmes de secondes sur son visage. Puis il reprit son air hagard. George déplia son journal pour se cacher de son voisin et feignit de lire. Il contempla une publicité pour des céréales. The best to you each morning. Il demanderait à Marjorie d’en acheter, la prochaine fois qu’elle ferait les courses. 
En sécurité derrière son journal, il repensa à ce voyageur. Peut-être avait-il mal vu son visage... depuis quelques temps, il y voyait moins bien de loin. Il en parlerait au médecin. Et puis, parfois, il y avait des gens qui vous ressemblaient. Ça arrivait. Lorsque George avait été embauché, son patron n’arrêtait pas de l’appeler « Milles ». George, gêné, n’avait pas osé démentir avant plusieurs mois. Il avait appris par ses collègues que le type qui occupait le poste avant lui s’appelait Robert Milles, et de l’avis général, Milles et lui avaient la même tête. Peut-être que ce type-là était le fameux Robert Milles. 
Nouvel arrêt. George jeta un coup d’œil, espérant que son voisin allait sortir. Il était toujours là. Derrière son journal, George réfléchissait. Cette ressemblance, c’était drôle tout de même. Quand il raconterait ça à Marjorie ! Il était étrange que le type ne l’ait pas remarqué, ni le moustachu. Bon, les gens ne font plus attention à rien de nos jours, se dit George. S’ils regardaient un peu plus autour d’eux, au lieu d’être le nez dans leur journal, ils verraient de drôles de choses. George commença à replier son journal. Il descendait à la prochaine. Tout à coup, le moustachu se leva, ainsi que les deux autres passagers à côté de George et tous descendirent. George se sentit mieux. Mais la seconde d’après, l’homme qui lui ressemblait s’assit en face de lui. George porta les mains à son visage, tâta ses joues, son nez, sa mâchoire proéminente. Le type avait le même visage que lui. Des idées folles lui passèrent par la tête. Sa mère avait accouché de jumeaux puis l’un des deux avait été enlevé ou bien pour une mystérieuse raison élevé ailleurs, en secret. C’était ridicule. Pourtant, comment expliquer une pareille ressemblance, sans gènes communs ? George fixait son sosie. L’autre ne l’avait pas encore remarqué, il regardait par la fenêtre. George toussota. Aucune réaction de la part du type. George se racla bruyamment la gorge. Le type le regarda. 
— Monsieur, demanda le type, vous allez bien ? 
— Oui, dit George. Oui, mais monsieur, c’est que... enfin, vous le voyez bien, n’est-ce pas ? 
Le type le regarda encore. 
— Vous faites une allergie, monsieur ? Vous vous touchez la gorge, elle est en train de gonfler ? 
— Votre visage me dit quelque chose, tenta George. Vous ne vous appelleriez pas Milles, par hasard ? Robert Milles ? 
Le type secoua la tête. Il ne remarquait pas leur ressemblance. 
George reposa ses mains sur ses genoux. Ses mains tremblaient. 
Queensboro Plaza. George faillit oublier de sortir. Le type se leva et partit. George s’élança à sa poursuite. Ça ne se passerait pas comme ça. Il avait besoin de savoir qui était cet homme, où il allait. Il oublia Marjorie, le dîner et se mit à le filer. Il ne regardait même pas la route. Il rasait les murs, se cachait derrière des voitures, des arbres. Il devait avoir l’air d’un fou. Était-il fou ? Non, c’était l’autre qui avait un problème ! Pourquoi ce type se baladait-il impunément avec son visage ? Est-ce qu’un visage n’était pas censé n’appartenir qu’à vous seul ? 
Le type marchait lentement, en sifflotant. George essaya de se rapprocher, pour écouter. Il sifflotait l’air d’une comédie musicale peu connue. Un air que George avait l’habitude de siffler quand il était content ! L’inconnu lui avait aussi volé son air. Le type s’arrêta devant un pavillon blanc. Une voiture était garée devant. Une Chevrolet verte. George, stupéfait, la reconnut. Le type fouilla dans ses poches, à la recherche des clefs. Visiblement, il les avait oubliées. George se cacha derrière une haie. Non, pas une haie, derrière LA haie, celle qu’il avait taillée le week-end précédent. Il avait du mal à respirer. La porte de la maison s’ouvrit. Marjorie en sortit et embrassa le type. George faillit bondir de sa cachette et plaquer l’inconnu au sol, comme il faisait quand il jouait au football, au lycée. Pourtant, il ne bougea pas. Il écouta ce qu’ils se disaient. 
— Ah, chéri, te voilà. J’ai fait une côte de veau pour le dîner ! 
Et ils restaient sur le seuil de la porte parce que Daisy, la chienne, venait de retrouver son maître et lui faisait la fête.
Et lui alors ? George regarda ses mains, comme si sur celles-ci était inscrite l’explication à cette scène. Il fut saisi d’une émotion qu’il n’avait jamais ressentie, lui si gai d’ordinaire. Il avait envie de se ruer sur l’intrus, celui à qui sa femme et Daisy faisaient fête et de lui passer ses mains autour du cou et de serrer, serrer, jusqu’à entendre tous les os et toutes les artères craquer là-dessous. Comment ne voyaient-elles pas la supercherie ? Marjorie et lui étaient mariés depuis neuf ans. Et un chien... un chien n’était-il pas censé reconnaître son maître ? L’intrus avait-il aussi volé son odeur ? 
— Tu as bonne mine, George, continuait Marjorie. Je commençai à m’inquiéter pour toi, tu sais. Je te trouvais un peu patraque, un peu pâle... on dirait que tu es à nouveau toi-même !
Le type embrassa Marjorie dans le cou et elle gloussa. George n’avait pas entendu ce gloussement depuis très longtemps. Le couple entra dans la maison. 
George avait mal à la tête. Il essayait de comprendre. Quelques heures auparavant, il était assis dans son bureau climatisé, sûr d’être lui-même. La question ne lui serait même jamais venue à l’esprit. Il chercha son portefeuille dans les poches de sa veste. Mais on ne l’appelait pas George tête en l’air pour rien. Il se souvenait que son portefeuille était resté sur son bureau. Rien ne prouvait alors qu’il était lui-même ? 
Bien sûr qu’il était George Larson ! Quand il oubliait ses clefs, Marjorie en robe de chambre le rattrapait dans l’allée, agitant le trousseau et criant « Geoooorge ». Le portier de l’immeuble dans lequel il travaillait l’accueillait tous les jours d’un « Bonjour Monsieur Larson ». Ses collègues lui tapaient dans le dos en disant « sacré George » après chacune de ses blagues. Mais maintenant... maintenant qu’il y en avait un autre... était-il aussi sûr d’être le vrai George Larson ? 
Les implications contenues dans cette pensée étaient vertigineuses. Il était George. Il travaillait sur la 42avenue, à Manhattan. Il avait trente-neuf ans, quarante le mois prochain. Il était marié à Marjorie Brown, trente-quatre ans. Ils avaient une fille, Audrey Rose Lanson, neuf ans, qui était en ce moment en vacances en Floride chez ses grands-parents. Voilà à quoi il devait s’en tenir. Aux faits. Cet homme était un imposteur. Tout à l’heure, dans le train, il avait feint de ne pas remarquer leur ressemblance. Ressemblance qui existait réellement, puisque Marjorie et Daisy s’étaient elles aussi laissées abuser. On avait sans doute affaire à un usurpateur d’identité. 
Ragaillardi, George s’avança vers la maison. Il frappa à la porte, trois coups déterminés. Le type vint lui ouvrir, Daisy sur ses talons. Il était en bras de chemise et avait un verre de whisky à la main. Il se comportait vraiment en propriétaire de la maison. Son jeu était bluffant. 
— Oui ? il demanda, ennuyé, comme si George eût été un scout venu vendre des chocolats. 
La chienne se mit à grogner après George. 
— Ça suffit, dit George, cette mascarade, cette foutue mascarade. Marjorie, viens-ici. N’aies pas peur chérie... ce type est un imposteur. Je ne sais pas ce qu’il nous veut...
Marjorie apparut derrière le type. Elle avait un tablier noué autour de la taille et un air effrayé.
— George, qui est-ce ? demanda-t-elle au type. 
— Rentre chérie, je m’en charge, dit le type. 
Marjorie se retira dans la cuisine et George vit qu’elle l’observait, à demi masquée derrière le rideau à grosses fleurs roses qu’elle avait choisi et que George avait installé trois ans auparavant, quand ils étaient venus vivre ici. Il avait toujours trouvé ce rideau affreux.
— Monsieur, dit le type en s’avançant vers lui. Je vais vous demander de nous laisser tranquille maintenant. Dans le cas contraire, vous m’obligeriez à appeler la police. Ce n’est sûrement pas ce que vous souhaitez...
George regarda Marjorie. Elle avait encore cet air effrayé. Il n’y avait plus rien à faire.
— Je m’en vais, dit George. 
Il recula de quelques pas. L’autre lui ferma la porte au nez. 
Il vit passer le nouveau George Larson à travers la fenêtre. C’est vrai qu’il donnait le change. Le nouveau avait l’air moins usé que le précédent. Presque rajeuni, il portait beau dans sa chemise blanche. 
Il ne savait pas où aller. Son univers s’était jusque-là étendu de Manhattan au Queens, en passant par le métro. Il se débarrassa du journal et de la mallette. Il n’en aurait plus besoin maintenant. Il remonta l’allée, les mains pendantes, le dos voûté. 

George Larson sortit de chez lui avec la poubelle dans les mains et vit le type bizarre, celui qui avait eu l’air de s’étouffer dans le métro, celui qui avait effrayé Marjorie, s’éloigner du quartier. Les gens sont parfois bizarres, il songea. Sans doute un fou échappé de quelque asile. Il jeta la poubelle puis regarda dehors. C’était une belle soirée d’avril. Il allait prendre un bon repas, se mettre au lit, et il le savait, dès qu’il poserait sa tête sur l’oreiller, il s’endormirait d’un bon sommeil, le sommeil de celui qui a bien travaillé. Il s’étira et scruta la nuit, les étoiles. Quel monde merveilleux, songea-t-il, amusé. En somme, George Larson était un type heureux.

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