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folliedouce
+ 2 ; bonne soirée. :)
07/12/2019 à 19:36:23
caky-26
Cette histoire est instructive , elle rappelle...
07/12/2019 à 19:19:49
soniatat
+2 de anastasiat, bon weekend ma belle :)
07/12/2019 à 14:54:48
enila3
+2 bon weekend, biz
07/12/2019 à 12:14:59

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danymanou a 84 points de bonté.

danymanou
Niveau
222
Gardienne de l'arbre

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Le Retour

Dans une trouée de verdure, auprès d’une mare à grenouilles nappée d’un lit de lentilles d’eau, Marie-Constance se tenait assise, la tête enfouie dans ses bras croisés. Des eaux stagnantes, en plein soleil, émergeaient parfois les gros yeux d’un batracien flairant une mouche ou une belle nèpe. Après l’avoir gobée d’un bond musculeux, la bestiole retournait se cacher dans un petit gargouillis d’eau.
Elle avait marché longtemps, peut-être une bonne heure, sillonnant la campagne, sans penser et sans voir. Et puis elle s’était échouée dans ses jupes, au fond d’une niche de verdure.
Il devait être midi.

Marie-Constance releva la tête.

À ses pieds, une bottée de fougères ceignait un grand chêne. Son œil observa l’espace boisé où s’étageaient différentes végétations. La mare était tranquille, comme le paysage. Les saules bruissaient d’une brise d’été. Des arbustes, gorgés d’abeilles et de papillons, peuplaient la rive en cachant ses canards.
Elle se mit debout et scruta l’horizon.
Les plateaux des cultures alignaient leurs bassins de blé en sillages étincelants. On aurait dit des miroirs dans lesquels la lumière entrait par flaques, comme si elle éclairait la surface par en-dessous. Plus à gauche, des montagnes de foin montées en gerbes formaient des tumescences qui rutilaient au soleil. Un chant du monde émanait de ces lieux familiers. Mais aujourd’hui, ils avaient une noblesse qu’elle n’avait jamais vue.
Elle avait tellement pleuré qu’elle se sentait lavée, lavée de l’intérieur. Une sorte de paix s’installait en elle.

Elle irait s’expliquer, il n’y avait que ça à faire.
Cette pensée la réconcilia avec elle-même.
Elle était Marie-Constance Buffard, fille d’Alphonse et Albertine Buffard. Elle avait vingt-trois ans. Elle était dure au travail. Et elle était droite et honnête.

***

Marie-Constance traversa le village pour rentrer.
Le bourg de Potigny connaissait la pleine effervescence d’une fin de marché. Sur la place, les maraîchers, les fromagers, les volaillers, les rempailleurs rangeaient leurs marchandises en concluant leurs dernières affaires avec les clients tardifs. Les ânes brayaient, attelés à des carrioles chargées ou des charretées d’invendus, les oiseaux piaillaient autour de l’étal du boulanger, le soleil jouait au travers des branches des platanes.
Tout ce petit monde débordait de vitalité.

C’est Tardieu qui la vit le premier.

D’un même mouvement, clients et marchands se détournèrent pour la regarder passer. Marie-Constance garda la tête haute, ne vit personne, mais sentit l’œil de tout le monde s’attarder sur elle. La Marie-Vinasse qui faisait du vin avec ses pieds sales ; Charron-Meunier, le fabricant de roues, frère de celui qui tenait le moulin à farine ; Parroux, un petit gros spécialisé dans la mercerie pour dames. Sa femme, une grande bavasse, le chignon gris, la jaugea avec une morgue blessante.
Tous les villageois la fixèrent quelque temps, sans mot dire. Certains tout de même étaient gênés.

— Te v’là donc, dit Yvette, la marchande de quatre-saisons, une femme bonne, qui avait de la tendresse pour Marie-Constance.
Elle avait vu grandir cette enfant du pays, Normande de constitution et Normande d'âme. Une fille brave et courageuse.
Yvette lança un regard circulaire vers la foule retournée, un regard bravache qui disait : « Et alors ! »
— Te v’là mon pov' p’tit, répéta-t-elle.

Marie-Constance s’arrêta à peine et salua la vieille femme d’un pâle sourire.

Fuyant les halles et les maisons qui les entouraient, Marie-Constance contourna la laiterie, suivit l’église et continua son chemin vers une allée boisée. Sa mère attendait, à l’entrée de leur maison, une bâtisse grossière en retrait du bourg animé.

Albertine Buffard ne lui adressa pas un mot.
Elle maugréa à voix haute contre le temps trop chaud, secoua hargneusement le linge sale avant de le mettre à tremper dans un grand baquet, puis rentra dans la cuisine, mania des gamelles avec un bruit d’armes en guerre, alluma le fourneau avec une rage d’incendiaire et botta le cul de deux poules entrées par le jardin, qui s’envolèrent, indignées.
— Alors ? Qu’equ' tu vas faire ? lança-t-elle durement à sa fille.
Marie-Constance répondit :
— Lui expliquer.
— Ben tiens ! Crois-tu donc qu’y va comprendre ?
— Je lui expliquerai et on verra bien.

Albertine se dirigea en fulminant vers le cellier.
Elle enrageait depuis le matin.
Elle était d’une humeur à parler à sa fille comme si elle avait été un cochon à assommer. Et alors, elle l’aurait arrosée avec des seaux de lavures. Ou de rognures à jeter. Rien d’autre.
Marie-Constance monta s’enfermer dans sa chambre, en prenant soin de ne faire aucun bruit.
Il était près d’une heure de l’après-midi. Dans quatre heures...

***

À dix-sept heures, l’ardeur du soleil était à peine tombée et sa lueur baignait le clocher de l’église. Les deux grands vantaux de l’édifice étaient ouverts sur le bourg. L’abbé Ténier profitait du beau temps pour réchauffer le lieu saint, y faire rentrer l’odeur de l’été et convier ses fidèles aux vêpres.
— Marie-Constance ! déclara-t-il lorsqu’il la vit.
Il eut de la peine pour elle.
— Sois forte. Et sincère, ma fille. Le Seigneur te regarde. Mais ne te juge pas.
— Je sais, mon père.
Elle aurait voulu en dire un peu plus, mais un attelage arrivait au loin. Un attelage modeste, tiré par un vieux cheval, conduit par Émile Guénat, le père de Jean.
Jean Guénat.
Elle le reconnut immédiatement, tassé sur la banquette avant, dans son habit de ville. Elle sentit son cœur s’étreindre d’amertume, de violence, de chagrin, de désarroi.
Une petite foule amassée salua les arrivants, de façon discrète et presque silencieuse. L’attelage, au trot, ralentit, mais ne s’arrêta pas. Émile Guénat ignora totalement Marie-Constance.
Seul Jean Guénat, le regard fixe, l’observa pendant de longues secondes, sans ciller, sans rien dire, sans sourire, sans rien.

***

— Va-t’en d’ici ! gueula Émile Guénat. Va-t’en !
— Je dois parler à Jean, monsieur Guénat.
— Y veut pas d’toi !
— Je dois lui expliquer, monsieur Guénat. Je vous en prie !
— Le mal est fait ! Y a rien qu’tu peux faire de plus ! Il en a assez eu, du mal !
— Jean ! cria Marie-Constance. Jean !
Le père Guénat venait de reculer et cherchait quelque chose au fond de son couloir. Il revint très vite. Armé.
Guénat pointa sa carabine sur la jeune femme, une carabine de chasse.
— Va-t’en !
— Jean Guénat ! hurla Marie-Constance, en reculant à pas serrés.
Elle n’avait presque pas peur. Elle avait eu peur, bien plus que cela, pendant la guerre. Jean. Il fallait qu’il l’entende.


Une ombre se dessina derrière le père.
Jean apparut, le visage dur, les traits tirés, amaigri.
— Qu’est-ce que tu veux ?
— Te parler.
— Y a rien à dire pourtant.
— Si, justement.
Jean considéra Marie-Constance avec mépris.
Mais quelque chose dans la lueur de ses yeux lui rappela l’ardeur de sa fièvre quand ils dansaient ensemble, la douceur de ses mots quand elle lui parlait, la nervosité de ses petites mains lorsqu’elle liait les bottes de blé à ses côtés et que son rire agile égayait les moissonneurs, vibrait dans la
campagne et faisait s’envoler les oiseaux chapardeurs.
Marie-Constance.
— Je reviens, dit-il en se tournant vers son père.
— T’as rien à faire avec elle ! s’exclama le père Guénat.
— J’t’ai dit : « Je reviens ! », proféra Jean Guénat, le corps en avant, la tête butée.
Aucun homme, même son père, n’aurait eu le cran de contrarier Jean Guénat ce soir-là. Quelle colère, quelle honte, quelles blessures avait-il endurées pour son retour au village ! « Mon pauv' gars ! » pensa son père.
Mais il accrocha la carabine à sa patère, et ferma la porte.

***

Ils se tinrent face à face, tout au fond du jardin.
Jean Guénat ne pouvait se résoudre à parler. Un mur de colère se dressait en lui et il combattait, de toutes ses forces, la fascination qu’exerçait sur lui le visage de Marie-Constance.
— Jean...
Cet homme qui l’avait tenue dans ses bras... Quelle distance entre eux désormais !
— Jean. Tu as été absent cinq ans. Cinq ans !
Jean Guénat ne dit rien, crispa les poings dans sa veste. Une déchirure dans son cœur lui fit cligner les yeux plusieurs fois de suite.

— On m’a retrouvé il y a deux ans. À Soltan, en juin 1917. Tu l’as su ! Tout le monde l’a su ! C’est la Croix-Rouge qui m’a référencé comme prisonnier de guerre.
— Oui, tout le monde l’a su. Mais tu n’es pas revenu.
— Non. On m’a donné une permission d’un mois, pourtant. Mais je l’ai pas prise, j’avais trop honte de rentrer comme ça. Après, on m’a affecté au 39e régiment d’infanterie. Il a fallu attendre mars 1919 pour être démobilisé et quatre mois de plus pour rentrer au pays !
— Mais tu n’as pas donné de nouvelles tout ce temps.
— J’étais mobilisé !
— Tu n’as pas écrit ! Tu ne m’as pas donné de nouvelles, rien ! J’ai cru que tu m’avais oubliée...

Jean Guénat baissa la tête.
— D’abord, je ne t’ai pas écrit... parce que je ne savais plus qui j’étais. Du moins, si je connaissais mon nom, je ne savais plus qui était le Jean Guénat d’autrefois. Après... je ne t’ai pas écrit parce que j’ai fait la guerre. Sais-tu ce qu’est une guerre comme celle-là pour un homme ? Le sais-tu au moins ? Mais non... tu ne peux pas savoir !

Jean Guénat étouffa un sanglot, et en se détournant, il se frappa le torse avec rage.
— Que veux-tu que j’t’écrive alors qu’on m’a privé de liberté pendant trois ans ! cria-t-il. Prisonnier de guerre ? Sais-tu c’que c’est ? T’es rien ! Même pas un soldat qui se bat et qui peut mourir pour son pays ! Rien ! Trois mois soldat, trois ans, prisonnier ! Et juste un an de plus pour se rattraper alors que tout le monde y avait déjà laissé sa peau !

De nouveau, il lui faisait face.
— Jamais j’aurais osé espérer qu’tu m’attendes aussi longtemps, sans te donner de nouvelles, bien sûr. Même, je pensais bien que tu aurais pu te marier, et quitter le village ! Mais quand je t’ai revue tout à l’heure, sur les marches de l’église, tout est revenu ! Tout est revenu.

La voix de Jean se fêla. Le désarroi l’emportait sur la colère. La fatigue, les ravages de la guerre, Marie-Constance... tout cela faisait crever son cœur d’homme bafoué.
— C’était une fois. Juste une fois, Jean !
— Mais c’était la bonne ! ***e, va ! pleura-t-il.
— Et toi, sais-tu ce que deviennent les femmes pendant la guerre ? Sais-tu combien de fois j’ai craint pour ta vie ? Combien de fois j’ai demandé à l’abbé Ténier de prier pour toi ? Combien de fois j’ai dû résister au chagrin pour aider mes parents ? Pour trouver à manger ? Chercher du bois dans le froid ? Soutenir les mères en deuil de leur fils ? Secourir les pauvres gens affamés ? Sais-tu ce que ressentent les femmes quand les hommes qu’elles aiment sont loin d’elles à se battre ? Et qu’ils n’écrivent pas ! J’ai cru que tu ne m’aimais plus ! Alors, oui... une fois. Une fois...
— Quel salaud !
— Il ne savait pas.
— Où il est ?
— Il est mort au combat, en 1918. Et c’est à peine si je me souviens de son visage. Mais je sais qu’il te ressemblait...
— Tais-toi ! Tais-toi ! T’es même pas mariée ! Je n’aurais pas si honte si au moins tu t’étais mariée ! Au lieu de ça, t’as fait ta traînée !
— Je n’ai rien fait qu’essayer de résister, Jean. Comme toi.

Le silence brisa la colère.
Et le chagrin finit par faire une brèche dans le mur de Jean. Pour une fois, depuis longtemps, son cœur accueillait autre chose que de la peur ou de la haine. Après tout, si elle disait vrai, ce n’était pas si terrible. Et le gars était mort.
— T’as un p'tiot alors ?
— Oui. Une petite fille. Elle a onze mois.
Jean frappa le tronc d’un chêne avec sa main.
— Je t’aime, Jean. Je t’en supplie...

Il voulut riposter, mais il la reçut contre lui, humble et douce.
Il ne lutta pas. Bouleversé par sa peine, ému aux tripes par sa détresse, il resserra son étreinte jusqu’à la briser, grisé par sa tiédeur et son parfum de femme.

Et puis, il en avait vu d’autres. Des choses bien plus horribles, des choses qu’il n’oublierait jamais. Des choses que seuls les soldats connaissent.
Après, on pourrait bien dire ce qu’on voudrait, ici. Ils s’en iraient. Avec la petite s’il faut. Mais au moins, ils seraient ensemble, et pour de bon cette fois.

Le père Guénat les observait de la fenêtre.
Dans un sens, il était heureux, Guénat.

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