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viesyl
bonjour bon dimanche bisous
29/03/2020 à 09:59:17
ninoune45
+2 bon dimanche
29/03/2020 à 09:56:21
enila3
+2 bon dimanche, biz
29/03/2020 à 08:53:36
sachianne
157. L’expression "apprendre par...
29/03/2020 à 03:19:16

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danymanou a 84 points de bonté.

danymanou
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222
Gardienne de l'arbre

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Footez-moi la paix !

Chemin faisant, je rêvassais, mon cartable sur le dos, la tête dans les nuages, mes deux mains profondément enfouies dans les poches de mon pantalon court.
La paire de vieilles Pataugas en toile, surdimensionnées par souci d’économie, me donnait une allure godichonne qu’alimentaient régulièrement les cruelles railleries de mes camarades de classe.
Mais je n’y pensais guère. L’air frais du matin éclipsait, comme par enchantement, mes intimes détresses. Je m’évadais de la maison en fuyant une réalité trop pénible, un foyer trop ardent.
Les éternelles dis***s avec la misère, le manque de bois et de nourriture, mais surtout le manque d’amour. Deux parents qui se houspillaient à pleins tuyaux devant moi, un gamin de douze ans qui tremblait comme un fléau de balance entre deux plateaux, oscillant à tour de rôle au gré des interventions. Aux vifs échanges d’invectives succédaient de longues séquences de torpeurs oppressantes qui me glaçaient encore plus.

Le chemin menant de la maison à l’école s’étalait sur un bon kilomètre. J’appréciais cette étape parcourue en solitaire. Je n’étais pas encore confronté au tumulte des récréations accompagné de ses taquineries enfantines et la chape de plomb domestique, qui pesait sur mes épaules, en écrasant mon âme, se faisait soudain moins présente. Sitôt passé le premier méandre du chemin, la maison et tout ce qu’elle représentait, s’effaçait de mon esprit. Mes pesants godillots se transformaient en chaussons de danse, je gambadais joyeusement.
C’était ma trêve du petit matin. À l’heure où la terre transpire sa fumée naturelle, exsudant sa rosée qui perle au bout des feuilles, je goûtais mon petit kilomètre de bonheur, mon sas de sérénité, mon palier de décompression.
Je trottais menu, ne traînant pas, sans pour autant me presser outre mesure. Cet arpent peu encombré était mien.
Ce n’était pas mon genre de couper d’un trait à travers champs. J’aimais marauder chaque méandre du chemin. J’en avais acquis la propriété, sans vergogne et sans concurrence tant il était peu fréquenté.
Au printemps, les herbes folles gagnaient pas à pas du terrain, j’avais beau écraser consciencieusement les jeunes pousses trop audacieuses qui tentaient la traversée rien n’y faisait.
Les lendemains des jours pluvieux, le combat devenait inégal, le vert mangeait le jaune du chemin avec voracité, mais le soleil ardent qui succédait, rééquilibrait le combat à la belle saison, brûlant sur pied les rares velléitaires. Sur les talus carbonisés jusqu’aux racines, des touffes d’herbes sèches chuintaient à mon passage dans un bruit de ressort qui clique, comme si la terre martelait à la ronde l’écho de mes pas.
Lorsque le terrain se faisait plus plat, je récupérais, au fond de ma poche, la balle de coton molle que le pion m’avait donnée pour me consoler des mille taquineries de mes camarades. J’étais le fils du pauvre paysan, j’en payais le prix. Il l’avait confisquée, suite à quelques carreaux cassés puis me l’avait discrètement offerte afin d’atténuer les traitements humiliants et vexatoires que je subissais. Vaine tentative pour les éteindre. Mon sourire reconnaissant avait croisé ses yeux remplis d’empathie.
Sitôt la pelote lancée sur le chemin, le match pouvait commencer. Les Verts de Saint-Étienne affrontaient les Jaunes de Nantes. J’endossais les deux tu***s, Stéphanois de l’école à la maison, Nantais dans l’autre sens et parfois je changeais, sans raison, juste par refus de la monotonie. Je me libérais des émotions contenues en tapant avec vigueur dans la sphère de chiffon. Mes soucis s’escamotaient, autant les scolaires que les familiaux.
Tout au long de mon cheminement, j’avais disposé des cages virtuelles. Au début du sentier, deux troncs rapprochés de mélèzes faisaient office de poteaux de but, quelques centaines de mètres plus loin, un énorme bloc de calcaire se dressait face à un grand pin robuste dont le tronc s’était plié dans le lit habituel du vent. Le minéral et le végétal découpant un espace idéal pour le fruit de mon imagination. Le décor était planté, il me fallait simplement m’assurer que l’alentour fut dégagé, il n’était pas question de perdre ma précieuse balle de tissu, ma pelote magique.
Quand le vent soufflait dans les hautes futaies je percevais les clameurs de la foule, ses murmures flatteurs après un contrôle réussi. Les fortes bourrasques déclenchaient des « Ola ! » en mon honneur suite à un tir précis et victorieux. Quelques sifflements ponctuaient mes maladresses, provenant du haut des virages, tout au-dessus de moi, lorsque des traînées de martinets zébraient le ciel de leurs griffures. Et, quand le tonnerre grondait derrière les collines, j’entendais les applaudissements nourris signifiant le gain du match.

Je ferme les yeux, je me souviens.
Pas de vent, rien que le calme, l’air alentour brûle comme une haleine de malade. Des flaques d’ombre et de silence somnolent dans les courbes du chemin. Puis mes yeux s’ouvrent à la lumière, mes paupières s’entrebâillent, j’aperçois une lourde couronne de myosotis qui pèse sur le front pur du ciel. L’air est bien aiguisé et bien net, il n’y a pas de nuages. On entend le vol des grives dans les genévriers. Des corbeaux s’appellent, je les cherche du regard, ne les découvre pas.
La terre est en fleurs, le ciel bleu sourit sur ma tête, le vie se remet à chanter, j’extirpe de ma poche une boule de tissu informe et la jette à mes pieds. Les bottines vernies ont remplacé les Pataugas. À chacun de mes pas, les souvenirs se réveillent. Je suis un peu malhabile au début mais je retrouve rapidement ma tech***. Les images surgissent, la bande du souvenir se rembobine. J’élimine d’une feinte de corps un défenseur stéphanois quand j’aperçois au détour du chemin deux poteaux blancs surmontant un grand écriteau, la cage de but, il s’agit de ne pas rater mon coup. Je s***e dans la pelote, un tir brossé de l’extérieur du pied. Elle traverse le rectangle du but et vient mourir au pied d’un petit homme casqué, râblé et jovial. Le contremaître de chantier qui tient un plan d’ensemble à la main.
Il ramasse la balle et me la tend en souriant. Je reviens à la réalité, on est au pied d’un grand panneau blanc sur lequel est inscrit : Création d’une ZAC.
D’une voix d’homme, chaude et grave, bien timbrée, il m’interroge :

— Monsieur l’architecte, le plan ne précise pas ce qu’on doit faire de cette zone. Les bulldozers sont prêts à intervenir. On n’attend plus que votre décision.
— On n’y touche pas, cet espace va rester dans son jus, des ruines de la bâtisse au loin jusqu’à l’entrée du parking des bâtiments. Les enfants des résidents profiteront de ce poumon vert… et jaune, dis-je dans un soupir.

Je suis arrivé au bout de ce sentier aux herbes engourdies. De mon lointain passé à la minute présente, toutes ces années, dont je fais le compte, tiennent dans ma mémoire comme un peu d’eau dans le creux de ma main et je me dis que se souvenir c’est le risque d’un peu s’écorcher.

 

Prochaines dates :

 

 Du 13 au 19 avril 2020

 Du 18 au 24 mai 2020

 Du 15 au 21 juin 2020

 Du 20 au 26 juillet 2020

 Du 17 au 23 août 2020

 Du 14 au 20 septembre 2020

 Du 19 au 25 octobre 2020

 Du 16 au 22 novembre 2020

 Du 14 au 20 décembre 2020

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