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danymanou a 84 points de bonté.

danymanou
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222
Gardienne de l'arbre

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Les empreintes

La grande aiguille de l’horloge s’abaisse, lentement, puis remonte, infatigable, tandis que le balancier de la pendule répand ses tic… tacs… implacables. Des gongs réguliers résonnent, rythmant la course inexorable.

Il est temps pour moi de ressortir l’album à photos. Chacune d’entre elles est une histoire. Théo, Lucie, Zoé et Ben (Ben, c’est Benjamin, le petit dernier) se bousculent pour s’installer au plus près de moi, sous les yeux rieurs de mes deux enfants, déjà grands puisqu’ils m’ont offert ces quatre magnifiques graines d’espoir. Tout le monde est présent. Comme chaque fois que je ressors l’album.

Parfois je commence par le début, parfois je l’ouvre en son milieu. Parfois aussi, ma main songeuse caresse les dernières pages, les plus récentes, bien qu’elles soient déjà loin de moi. Quand Pierre et moi étions jeunes, nous souriions en imaginant ces moments où, tous deux sereins, nous évoquerions nos années, écoulées telle une eau s’acheminant dans son lit, joyeuse, ardente, tumultueuse, apaisée. Et nous nous promettions d’être toujours là, ensemble, pour les réveiller.

J’ai rencontré Pierre le jour de mes dix-huit ans. Pierre en avait vingt-cinq. C’est si loin. Si proche à la fois. Quand je repense à cet instant, le temps me semble court. Il n’a pas pu enjamber autant d’années d’un coup.

Pierre était tailleur de pierre. Quand il me l’a dit, j’ai ri, croyant qu’il plaisantait. Non par la similitude des deux noms, mais par l’image même de ce métier. Pierre. Tailleur de pierre. Vraiment ? Pierre ne pouvait pas marteler le dur, lui, il était fait pour façonner le malléable, de ses grandes mains, rugueuses et douces, il était né pour modeler l’amour, la tendresse. N’est-ce pas ce que tu as fait ? Tu m’as pétrie de tes mains habiles et légères jusqu’à ce que je devienne ce corps lisse, épanoui, ce buste souple dans lequel tu enfouissais ton visage épuisé. Tu as fait ce ventre lourd et rond que tu t’acharnais à caresser pour qu’il soit parfait, cet antre mystérieux où grandissait le fruit de nos étreintes. Tu as ciselé de tes doigts agiles des bouts de moi, des bouts de toi, dans deux œuvres absolues. Nos enfants. Paul. Margot.

Il y a des vides sur certains feuillets de l’album. Trous béants. Photos absentes. Mais sur les autres, on peut y voir Paul et Margot. Encore des enfants. Beaucoup sont en noir et blanc. Ils prennent la pose. Des sourires malicieux, éclatants. Les yeux sans ombre fixés droit sur l’objectif.

J’observe Théo battre des mains quand il voit Paul au même âge que lui. « On dirait moi ! » s’exclame-t-il chaque fois, même si ces photos, il les connait bien. Mais oui Théo, tu es le portrait craché de ton papa.

« Regardez maman ! » Mes yeux suivent le doigt de Lucie qui s’est collée à moi, me montrant une frêle petite fille vêtue d’une jupe sage s’arrêtant au-dessus des genoux. Lucie rigole, adorable et spontanée. « C’était pas top la mode avant ! » ajoute-t-elle d’un ton moqueur à l’attention de sa mère. Celle-ci roule vers elle des yeux faussement vexés.

Du canapé où je suis installée, je jette un œil vers le fauteuil dans lequel Pierre se tient droit. Je vois son visage qui se plisse, amusé. Et je sens Margot qui se penche au-dessus de moi pour détailler la photo. « Ouais, dit-elle avec une grimace, pas top, je confirme. » J’entends Lucie éclater de rire.

Le tic-tac du balancier s’amplifie, je tourne vite les pages de l’album. Le bruit des feuillets atténue celui des heures, des minutes, des secondes. Heureusement, l’album est épais, regorgeant de détails. Chaque plongée est source de renouveau.

— Je me souviens de ce Noël ! entends-je s’exclamer Paul dont je sens la main stopper mon lent déroulement des feuillets.

Dessus, il est écrit : Noël 1970. Le cœur gonflé, j’observe tout le monde se pencher sur la photo représentant un petit garçon, en larmes, devant un camion de pompier.

— Ah oui, c’est vrai, je confirme en hochant la tête, un sourire sur les lèvres. Tu venais d’ouvrir ton cadeau, l’échelle du camion était cassée…

— Et c’était mon rêve, tu te souviens ? Continue la voix de Paul. Plus tard, répétais-je sans arrêt, je voulais être pompier…

— Et tu l’es devenu ! dis-je, fière que ce grand gaillard désormais, se soit donné ainsi aux autres.

J’entends Paul glousser de rire, comme si les années s’étaient inversées.

— Ce que j’ai pu détester le père Noël, à ce moment-là... Il aurait pu faire attention quand même, je disais en pleurant.

Mon regard s’arrête sur Lucie et Théo, se regardant, complices, riant sous cape. Ils sont assez grands maintenant, il y a longtemps qu’ils savent pour le père Noël. Mais je m’amuse devant l’image de Ben et Zoé approuvant, eux, gravement de la tête.

Je me tourne vers Pierre, toujours assis dans son fauteuil. Immobile. Le regard lointain, presque transparent. Une voix hurle en moi. Repousser l’inéluctable. Garder, seule, cette envie. Continuer ! Encore ! Recouvrer les années enfuies auprès de ceux qui me sont chers.

Le gong de l’horloge s’enclenche soudain. C’est la demie d’une heure qui réveille le temps. Quel âge a-t-elle maintenant Zoé ? Et Ben ? Et Lucie ? Et Théo ? Les années courent si vite que j’ai du mal à les arrêter.

Que s’exhument les ombres. Je les scrute sur les feuillets cartonnés couverts de leur pellicule cristalline, les immobilisant, les immortalisant. Mes yeux transmués ne voient alors plus que ces instants vivants.

Mais la porte vient de s’ouvrir. À regret, je referme l’album. Une femme entre, ôte son écharpe et son manteau qu’elle pose sur le dossier d’une chaise.

— C’est qu’il ne fait pas chaud ! s’exclame-t-elle, me regardant avec un grand sourire. Alors Irène, ça va aujourd’hui ?

Puis, devant mon absence de réponse, elle poursuit :

— Je suis Sylvie, vous vous souvenez ? Je viens faire votre toilette. Et puis, je vous ai apporté vos repas pour ce midi et pour ce soir. Je vais les mettre dans le frigo. Là, dit-elle après avoir déposé les boîtes dans le frigidaire.

— Sylvie… dis-je dans un murmure volontaire, comme fouillant ma mémoire.

— Oh ! Ça ne va pas fort aujourd’hui, hein Irène ?

Et là voilà qui m’entraîne vers la salle de bain.

Je sens l’eau qui coule sur ma peau. Ça me fait du bien. Je ferme les yeux sous la main de Sylvie qui passe un gant doux sur mes épaules. Pierre aussi avait les mains douces. Si douces.

Au cœur de l’été, nous faisions l’amour à l’ombre du grand chêne, ancré, droit et immuable, un peu en amont de la maison. Sous ses branches s’étendant loin devant lui, Pierre sculptait mon corps de ses mains immenses, et moi je m’abandonnais, coulait dans ses yeux d’océan.

— Je vous prépare une petite tisane, Irène ? me demande Sylvie tout en me séchant délicatement, m’habillant et me reconduisant dans le salon. Elle m’aide à m’installer dans le fauteuil de Pierre. Puisqu’il n’est pas là pour le moment. Je contemple l’album photo, inerte sur le canapé. Sylvie suit mon regard.

— Vous le voulez ? dit-elle, s’apprêtant à saisir l’album.

Je secoue la tête. Sylvie est gentille, mais elle est trop loin de moi. Je n’ai pas envie de lui raconter. Elle part vers la cuisine. Clac de la bouilloire qu’elle met en route, clac des portes de placards qui s’ouvrent et se referment, tintement de la vaisselle qui s’entrechoque. Puis, elle revient avec un plateau qu’elle pose sur la table, me tend une tasse posée sur une soucoupe.

— Attention, dit-elle, c’est un peu chaud.

Tout en s’installant sur une chaise face à moi, elle m’observe. Un sourire étire ses lèvres, mais un pli soucieux barre son front. Je lis sur elle comme dans un livre ouvert : « Cette pauvre Irène ! Elle est en train de perdre la mémoire. Comme c’est triste… Cette vie qui se termine de cette façon… Ça me chamboule le cœur de la voir ainsi… Allons ! Il ne faut surtout pas le lui montrer ! » Je décrypte sa dernière pensée, à ses yeux qu’elle écarquille soudain, à sa bouche qu’elle remonte brusquement dans un sourire se voulant radieux, à ses mains qui reposent un peu trop lentement la tasse sur la table. Elle cherche à maîtriser le moindre geste, la moindre expression. Surtout, ne rien laisser voir. Moi, j’affiche un air paisible, tout en buvant quelques gorgées de tisane.

Sylvie s’est mise à parler. Elle essaie de remuer le passé. Mon passé. Elle tente de raviver ma mémoire. Cela fait sans doute partie de ses fonctions. Veiller à ce que je me nourrisse. Veiller à ce que je ne manque de rien. Et par la même occasion, veiller à entretenir ma tête, continuer à la faire travailler, pour ne pas qu’elle se disperse trop. Alors elle parle. C’est un dialogue à sens u***. Au début je l’écoute…

« Comme elles sentent bon ces fleurs » dit Sylvie, caressant le vase dans lequel elle a disposé le bouquet qu’elle a apporté.

Elle sait que j’aime les fleurs. Qu’avant, j’avais une petite boutique. « Au marché fleuri d’Irène », elle s’appelait. Je me levais aux aurores pour le plaisir de voir les corolles s’ouvrir, comme si elles n’attendaient que moi. Elles m’accueillaient et je me penchais sur elles, reconnaissante, tandis qu’elles m’offraient leurs premières fragrances. Ensuite, elles embaumaient toute la boutique, allant jusque dehors lorsque la porte était ouverte. Les clients entraient, poussés selon les saisons par le parfum capiteux de mes roses ou celui printanier de mon muguet, l’odeur légère et poivrée de mon mimosa ou celle riche et lourde de mes lys. Il y en avait de toutes les couleurs et pour tous les goûts. J’emballais délicatement les fleurs que les clients, après les avoir longuement étudiées, me désignaient. Ensuite, je leur tendais le bouquet avec précaution, comme une offrande.

Dans notre maison, il y avait toujours de gros bouquets de senteurs, des bouquets de couleurs… des bouquets de bonheur. Que nous respirions à pleins poumons.

Sylvie continue de parler. Je ne l’écoute plus du tout.

Au bout d’un moment, dans le silence qui a fini par s’installer, faute de réponses de ma part, Sylvie se lève, repart vers la cuisine avec les tasses vides, les lave et les range dans le placard.

Elle croit que j’oublie, que je suis en train de partir en ligne droite vers l’Alzheimer. Et que c’est pour cela que je ne dis jamais rien. Il faut surveiller, dit son regard pensif et attentif.

Mais moi, je n’ai rien oublié. Je n’attends qu’une chose. Qu’elle parte. Je n’ai pas envie de parler de la pluie et du beau temps. Et puis, toutes ces histoires au présent ne m’intéressent pas. Elles ne me concernent plus. Dès que la porte se refermera sur elle, je saisirai ma canne et me relèverai pour aller m’installer sur le canapé. Pierre reviendra et s’assiéra dans son fauteuil. Et, tous réunis, nous continuerons de parcourir l’album que j’aurai ouvert, à nouveau.

Je ferai bruisser les pages souvenirs pour faire taire le tic-tac de la pendule et les gongs impitoyables. Plus d’horloge minutant le temps, me rappelant que je feuillette seule l’album. Je sentirai Lucie, et Théo, et Zoé, et le petit Ben se presser contre moi. Même s’ils sont grands à présent, vivant leur vie d’adulte et de parents. Je verrai aussi Paul et Margot, partis depuis bien longtemps pour établir une autre vie. Je verrai Pierre, dont j’ai fini par disperser les cendres sous le grand chêne.

Demain, comme tous les ans, juste avant Noël, j’enverrai une lettre à Paul et une à Margot. Je leur joindrai une photo que je détacherai des feuillets de l’album, laissant les vides s’agrandir peu à peu. Ils recevront ma lettre, regarderont à peine la photo qui ira rejoindre les autres, empreintes voilées du passé, dans une boîte qu’ils refermeront et glisseront ensuite tout au fond d’un meuble, réceptacle de bric-à-brac et de toutes ces choses que l’on garde, malgré tout, sans trop savoir pourquoi.

Peut-être un jour, le désir les prendra de faire le tri. Curieux, ils ouvriront la boîte, sortiront les photos, les regarderont. Ils sentiront, surpris, les frémissements d’un temps qui n’existe plus. Ils penseront à Lucie, Théo, Ben et Zoé et à leurs petits-enfants, que je ne connais pas, à toutes ces vies bien trop dispersées. Et se diront qu’il est temps de revenir.

 

Prochaines dates :

 

 Du 13 au 19 avril 2020

 Du 18 au 24 mai 2020

 Du 15 au 21 juin 2020

 Du 20 au 26 juillet 2020

 Du 17 au 23 août 2020

 Du 14 au 20 septembre 2020

 Du 19 au 25 octobre 2020

 Du 16 au 22 novembre 2020

 Du 14 au 20 décembre 2020

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