Hier soir, que l’univers, la mode et le destin prennent deux minutes pour écouter ma confession : j’ai chuté. Je ne sais plus quelle main lever ni même si j’ai encore droit à un jugement équitable, mais je plaide coupable : j’étais bourrée. Pas bourrée sympa. Pas bourrée “je ris fort”. Non. Bourrée version annonce de drame, celle où tu sens que quelque chose de profondément inutile et humiliant va arriver. Ça faisait longtemps (mensonge, Halloween existe, mais passons).
Et pourtant, contre toute attente, je rentre chez moi. Entière. Vivante. Un exploit. Un parcours du combattant digne d’un film, mais sans budget ni musique épique. Mon corps arrive à destination, mon âme reste coincée dans l’escalier. Avec les deux neurones encore en service, une idée géniale apparaît : prendre une douche. La rédemption est proche. En théorie.
Sauf qu’avant la paix, il y a le chemisier. Pas un chemisier. LE chemisier. Noir. Sublime. Mi-velours, mi-transparence. Le genre de vêtement qui crie “femme élégante et sûre d’elle”, alors que cette même femme cherche l’interrupteur depuis cinq minutes et ne contrôle rien de sa propre vie btw je l’avais choisi ce chemisier. Je l’aimais. Il allait me rappeler qui commande vraiment.
Car ce chemisier possède trois boutons. Trois minuscules traîtres, placés derrière la nuque, là où même sobre tu hésites. Ivre ? C’est une épreuve éliminatoire ou un joyeux Hunger games. Le problème, c’est que sans enlever ces boutons, le chemisier ne s’enlève pas. Il ne glisse pas. Il résiste. Il s’accroche à toi comme un mauvais choix de vie. À partir de là, nous sommes liés.
Le temps perd tout sens. 5 minutes. 10 minutes. “Calme-toi.” 30 minutes. 1h. Et soudain la réalisation brutale : 1h30 (one eternity lateeeer). Oui. 1h30 de combat contre un vêtement. Il y a eu des négociations. Des “s’il te plaît”. Des promesses que je n’ai jamais eu l’intention de tenir. Des menaces absurdes adressées à du tissu.
Puis viennent les larmes. Pas des larmes mignonnes. Des vraies. Mo.ches. Moi, étalée sur le sol, la tête coincée dans le chemisier, coincée aussi dans mes décisions. Le corps en PLS. L’ego officiellement décédé. Un grand moment de solitude.
Et puis il y a le regard. Mon chat. Immobile. Silencieux. Témoin direct de ma déchéance. Il me fixe comme on fixe quelqu’un qui a clairement perdu contre la sélection naturelle. Aucune aide. Aucune compassion. Juste du jugement.
À ce moment précis, brisée mais dramatique jusqu’au bout, je fais un serment solennel, théâtral, digne d’une fin de tragédie : plus jamais je ne remettrai ce chemisier à une soirée où j’ai l’intention de boire.
C’est faux.
I know it.
You know it.
Le chat le sait.
Le chemisier aussi.
Merci de m’avoir lue.
Thoughts and prayers.